Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for octobre 2010

La pensée du manager se voudrait rationnelle. Notre culture cartésienne nous pousse à l’analyse des problèmes, à leur décomposition en problèmes plus simples, à la recherche de solutions logiques, à leur généralisation en lois et règles applicables à tout contexte. La recherche de l’efficacité pousse le manager à réduire l’aléa, à tout prévoir et à tout organiser pour évoluer en environnement certain. Il souhaite piloter en déroulant un processus défini (souvent dans des procédures), et qui correspond à un enchaînement optimisé des tâches. Une pratique universelle du management est de définir des plans puis d’en piloter l’application dans le but de corriger les écarts : budget, prévisionel de ventes, planning, plan de charge, plan de production, plan d’action, plan d’amélioration…

La science de la gestion repose sur des principes simples : organiser, planifier, anticiper les risques, suivre au plus près, corriger pour « coller » au plan. Or par nature, notre environnement n’est pas certain. Les managers vivent donc dans une frustration permanente de ne pas tout contrôler, de ne pas tout prévoir, de ne pas pouvoir obtenir un rendement à 100%, de ne pas pouvoir garantir l’atteinte de leurs objectifs, et ce même s’ils appliquent toutes les bonnes recettes des écoles de management.

C’est que manager est un art complexe. La myriade des interactions entre les individus, les équipes, les organisations rend tout simplement impossible la programmation exacte du déroulement des choses. Aucune théorie ne peut décrire les choses avec suffisamment d’intelligence et de finesse. Les outils actuels, fussent-ils systémiques, ne capturent jamais toutes les subtilités des comportements des acteurs, qui sont par nature affectifs, irrationnels, humains quoi.

Les successions d’outils (de modes diront certains) dans l’art de manager, d’organiser, de planifier n’ont d’autres vertus que d’essayer de circonscrire un peu mieux la chose tantôt sous un angle, tantôt sous un autre : pert, gantt, balanced scorecard, intelligence émotionnelle, management situationnel, empowerment, sinergologie… Tous enrichissent la boite à outils du manager, aucun n’assure le succès. Et même si le manager, doué pour le coup, réussit à tous les assimiler et en faire un usage efficace, il ne sera pas affranchi du hasard, de l’incontrôlable.

Manager est donc complexe et nos outils restent bien rustiques. Plutôt que de s’en remettre systématiquement à la programmation de l’avenir et d’ajouter sans relâche des couches de rationalisation sur le fonctionnement des individus et des organisations qu’ils animent, il est tentant d’explorer des pistes complémentaires. A l’instar des sciences dures confrontées à leurs limites par la physique quantique ou la relativité, on peut chercher comment vivre avec l’incertitude, le chaos, les contradictions irréductibles. Il est tentant à côté de la science de la raison d’introduire la science du chaos. Il ne s’agit plus de contrôler et de maitriser le réel mais de dialoguer, de négocier avec le réel en intégrant le principe d’incomplétude de notre connaissance et d’incertitude de notre environnement. (suite…)

Read Full Post »